Très bien, merci

Alex, comptable, et Béatrice, chauffeur de taxi, forment un couple sans histoires. Mais un soir, Alex se mêle au travail de la police lors d’un contrôle d’identité. Un engrenage implacable et absurde se met alors en marche : il se retrouve au poste, au chômage, et en clinique psychiatrique. Sauf que les fous, ici, ne sont pas ceux qu’on croit…

Très bien, merci est un film tragi-comique, doté d’une histoire divisée en trois parties, alternant entre le réaliste et l’absurde, qui a pour but de dénoncer un certain nombre de choses de notre société. Une rapide introduction nous présente le personnage principal face à des forces de police ; puis ce personnage vit des aventures incroyables, à cause de l’application de la loi trop stricte et d’abus de pouvoir. Enfin il joue de tous ces défauts, en contrant les préjugés qu’ont la plupart des gens, la fin dénonçant les jugements sur les apparences.

Beau programme politique, qui commence donc en mettant en scène Alex, comptable, dans une station de métro, dans laquelle il fume alors que c’est interdit. Sa force de caractère est alors montrée : il ne se laisse pas faire parce qu’il était proche de la sortie quand il a commencé à fumer… on dénonce ici une loi « trop sévère » ne laissant pas assez de libertés… pourtant, comme tout le monde, Alex savait qu’il faisait quelque chose d’interdit, comme il devait le faire de temps en temps. Il prenait alors le risque de se faire attraper une fois, et même s’il trouve la leçon démesurée, il doit assumer ses responsabilités, comme quelqu’un devant payer 45€ (sic) ne mettra plus les pieds sur le siège d’en face dans le RER D…

La suite de ses aventures est des plus rocambolesques, jouant sur les transitions absurdes ; mais le problème, c’est que tout part d’un abus de pouvoir des Thrillers qui en veulent sans raison à Alex. Celui-ci se retouve au poste, puis à l’hôpital, et jusque dans des services psychiatriques. Le parti pris du film est donc de dénoncer ces abus d’autorité, contre lesquels la voix d’Alex, simple citoyen, s’élève en vain. Mais plutôt que d’être réellement effrayant, le film fait intelligemment dans l’absurde, tant les étapes paraissent irréelles : de l’entêtement d’Alex qui ne veut pas quitter le poste de police, à sa femme qui signe sans lire un document stipulant d’interner son mari, le film montre les limites du système, mais des limites qui auront tout de même du mal à être atteintes, il faut bien le reconnaître. Alors bien sûr, ensuite, tout s’enchaîne : notre héros perd du crédit envers son employeur, qui lui-même profite de son autorité pour licencier abusivement… bref la vie d’Alex s’effondre à partir d’un battement d’aile de papillon. Mais pour en arriver là, tout est exagéré, les comportements de tous les personnages sortent de l’ordinaire, ce qui fait que les dénonciations – sans perdre leur fondement – ne sont que les extrêmes de ce qui pourrait se passer avec les lois dont on dispose dans notre société, et qu’un peu d’intelligence aurait stoppé la machine infernale bien plus tôt… bien sûr, encore faut-il que quelqu’un qui dispose d’un pouvoir suffisant, ait cette intelligence.

Enfin, Alex doit retrouver du travail… et pour cela, jugé sur son âge, et surtout sur son tout nouveau passé psychiatrique, on le refuse inlassablement. Alors, son fort caractère ne l’aidant pas non plus à respecter les conventions des entretiens, il gonfle son CV, ment, triche, et jouant sur les apparences uniquement, obtient ce qu’il recherchait, et même mieux encore… ce n’est donc qu’en s’abaissant à ce niveau qu’il trouvera des récompenses. Triste morale, mais qui là encore est sans doute abusive : les embauches de l’histoire ne recquièrent aucun test de compétence, aucune vérification des diplômes obtenus, diplômes qui, soit dit en passant, sont très facilement falsifiables… tout est encore très (trop ?) exagéré, on tombe dans l’absurde, et ce malgré des critiques intéressantes au départ. Si bien sûr les apparences sont souvent emplyées afin de préjuger bêtement de quelqu’un, cela n’est plus monnaie courante, surtout dans notre société où chaque entreprise a plus que jamais obligation de résultats.

Alors au final, le tragi-comique passe bien, mais tout ce qui est dénoncé n’est que trop hors du commun pour être assez entendu ; fort heureusement, le système n’atteint pas facilement ces limites, même si des risques sont dénoncés pour la société. Les idées sont pourtant très bonnes, et difficilement critiquables. Au point de vue cinématographique, puisque cela reste un long-métrage, le film n’est pas mauvais du tout. Les acteurs, plutôt bons dans l’ensemble, ont pourtant des réactions surjouées parfois, tant les situations sortent de l’ordinaire : le tout ne paraît pas assez naturel. Assez réaliste par ailleurs, de nombreuses scènes sont volontairements lentes et longues, plongeant habilement le spectateur dans l’ennui dont sont victimes Alex, enfermé en psychiatrie, et sa femme, passant sa journée dans son taxi, pensant à son mari… Une réussite donc, malgré – comme toujours dans un film politique – certaines (formes de) critiques discutables.

6/10

1h40 — 2006

L'avis des lecteurs :

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