Moonrise Kingdom

Sur une île au large de la Nouvelle-Angleterre, au cœur de l’été 1965, Suzy et Sam, douze ans, tombent amoureux, concluent un pacte secret et s’enfuient ensemble. Alors que chacun se mobilise pour les retrouver, une violente tempête s’approche des côtes et va bouleverser davantage encore la vie de la communauté.

Le trio Bill Murray / Edward Norton / Bruce Willis dans l’univers de Wes Anderson, ça vous place des attentes très, très haut. Mais ce Moonrise Kingdom les comble sans problème…

Dès la première scène, on reconnaît aisément la patte du cinéaste, son univers loufoque et surtout son style visuel très spécifique ; de plus le film se déroule dans les années 60, époque qui convient parfaitement à cette photographie volontairement veillotte qui magnifie chacun de ses films. Et on retrouve ici encore le thème commun à la plupart de ses longs-métrages, à savoir les rapports adultes/enfants où les plus matures ne sont pas ceux qu’on croit. On rejoint ainsi beaucoup Rushmore, son atmosphère mélancolique et son histoire d’amour impossible – ainsi que deux fidèles d’Anderson, Jason Schwartzman & Bill Murray.
Est-ce le fait d’avoir travaillé ensuite sur l’animation (le génialissime Fantastic Mr. Fox) ? toujours est-il que le réalisateur semble souvent enchaîner des story-boards en filmant latéralement des plans fixes (dans l’amusante introduction, dans le camp scout…) ou avec de simples zooms (pour le point de vue de l’héroïne). Cette simplicité sied très bien au contenu « enfantin » du film, d’autant que les décors sont toujours extrêmement travaillés. L’histoire se déroule sur une île – proposant des paysages de rêve, représentant un vaste territoire d’évasion – coupée du reste du monde extérieur qui ne sera matérialisé que par les sombres services sociaux qui ne sont là que pour briser les rêves de nos héros. Trouvaille amusante, le lieu nous est présenté par un narrateur sorti de nulle part. Et au milieu des grandes étendues décrites, les habitations rappellent inévitablement des maisons de poupées, énième rapport à l’enfance.

Pour la première fois dans ses films, Wes Anderson confie carrément les premiers rôles à deux enfants. Premier constat, les deux acteurs Jared Gilman & Kara Hayward sont admirables – et tous deux se fondent parfaitement dans le moule, avec leur apparence physique singulière et leur personnalité de rêveur. Excusez du peu, ils volent la vedette aux adultes joués par des stars qui se contentent de rôles à contre-emploi, principalement pour Bruce Willis – en policer looser – et Edward Norton – en chef scout. Et quoi de mieux qu’un camp de scouts, ces enfants qui apprennent à survivre seuls, pour peupler un film d’Anderson ? Seulement voilà, notre héros déserte son camp pour aller retrouver sa belle ; ils veulent délaisser ensemble cette vie ennuyeuse pour partir à la conquête de l’île et vivre pleinement leur histoire d’amour naissante. S’en suit une chasse à l’homme géante amenée à devenir culte…

Moonrise Kingdom se veut un brin mélancolique, mais aussi poétique et très amusant. Une scène hilarante voit par exemple nos deux tourtereaux swinguer sur une plage, en écoutant du Françoise Hardy (nouvelle référence à la culture française après « Les Champs Elysées » de A bord du Darjeeling Limited), l’un des coups de maître de la B.O. à nouveau rythmée par Alexandre Desplat qui nous en mettait déjà plein les oreilles dans Fantastic Mr. Fox.
Enfin, Anderson parvient plutôt bien à éviter les baisses de rythme qui pouvaient entacher ses précédentes œuvres. Pour ce faire, il pousse ses personnages dans leurs derniers retranchements, leur opposant même les conditions météorologiques les plus terribles, sans que jamais l’aventure ne s’arrête. Il ose exagérer et assumer un manque total de réalisme, autre inspiration venue de l’animation : seul genre se permettant habituellement un personnage frappé par la foudre mais continuant sa course-poursuite, tout juste noirci par l’impact.

Poétique, inventif, touchant et amusant, Moonrise Kingdom est un nouveau petit bijou dans la continuité de la filmographie de son auteur.

9/10

1h34 — 2012

L'avis des lecteurs :

CatastropheTrop nazePas bonBof bofCorrectSympaBon filmTrès bonExcellentChef-d’œuvre (2 note(s). Moyenne : 6,50 sur 10)
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