The Dark Knight Rises

Il y a huit ans, Batman a disparu dans la nuit : lui qui était un héros est alors devenu un fugitif. S’accusant de la mort du procureur-adjoint Harvey Dent, le Chevalier Noir a tout sacrifié au nom de ce que le commissaire Gordon et lui-même considéraient être une noble cause. Et leurs actions conjointes se sont avérées efficaces pour un temps puisque la criminalité a été éradiquée à Gotham City grâce à l’arsenal de lois répressif initié par Dent.
Mais c’est un chat – aux intentions obscures – aussi rusé que voleur qui va tout bouleverser. À moins que ce ne soit l’arrivée à Gotham de Bane, terroriste masqué, qui compte bien arracher Bruce à l’exil qu’il s’est imposé. Pourtant, même si ce dernier est prêt à endosser de nouveau la cape et le casque du Chevalier Noir, Batman n’est peut-être plus de taille à affronter Bane…

Voilà The Dark Knight rises, enfin : le troisième et dernier volet de la trilogie de Nolan démarrée sept ans auparavant avec Batman Begins. Ce premier épisode nous expliquait comment Batman devenait un héros en surmontant ses peurs. Mais ce qui était alors sous-entendu en conclusion prenait forme dans le second, plus noir encore : si Bruce/Batman se relevait pour combattre le Mal, il devait à la fois sacrifier sa vie d’homme – l’histoire d’amour avec Rachel étant rendue impossible par l’existence même du Batman – mais aussi celle du Batman, symbole finalement déchu pour le bien du peuple. Ce troisième opus démarre donc sous le signe de l’échec qui se trouve être la seule issue possible : dans la lignée de ses prédécesseurs, The Dark Knight rises est dramatique. Bruce Wayne est désormais boiteux, vieillissant et miné psychologiquement – désormais, la mort que Bruce paraît attendre, semble être toute désignée pour être celle qui mettra bientôt fin aux aventures de Batman.

Voir un symbole à ce point en perdition, c’est rare. Nolan choisit ainsi de s’opposer vraiment aux super-héros en donnant un côté très humain à son film – il n’est d’ailleurs pas anodin de voir dans ce film bien davantage Bruce Wayne que le Batman lui-même, rappelant en cela le premier élément de la trilogie. Même si bien sûr le héros est de retour aux affaires avec l’arrivée de nouveaux personnages s’attaquant à Gotham City.

On retrouve ceux qui ont survécu aux histoires passées, mais évidemment un nouveau méchant principal apparaît : c’est au tour de Bane de tenter sa chance. Si Tom Hardy, qui l’interprète, a une carrure impressionnante, son masque qui ne tombe jamais l’empêche de rivaliser avec le charisme du Joker de The Dark Knight – et la magistrale interprétation du regretté Heath Ledger. Autre nouveauté, l’arrivée de Selina Kyle, jouée par Anne Hathaway. Cette dernière s’en sort très bien, dans un rôle pas facile après l’érotisme quasi-inégalable dégagé par Michelle Pfeiffer de Batman, le défi, signé Tim Burton. Nolan choisit d’ailleurs d’éloigner légèrement son personnage de l’original, ne la nommant par exemple jamais Catwoman. Marion Cotillard & Joseph Gordon-Levitt complètent également la liste des nouveaux. Tandis que parmi les récurrents, on regrette la trop longue absence d’Alfred (Michael Caine, peut-être le meilleur du casting ?) qui est pourtant celui qui détient la vérité lors de chaque histoire.

D’une façon générale, Nolan ose s’attaquer à des thèmes rarement abordés dans ce genre de films, en mettant énormément en difficulté ses personnages. D’abord lâché par son plus fidèle serviteur, Bruce Wayne le milliardaire est ensuite renversé après une attaque contre la bourse – ceci rappelle au passage que s’il n’a pas de pouvoirs, c’est bien sa richesse qui lui a permis de s’équiper et de devenir un justicier digne de ce nom. Puis Batman est démasqué, et broyé par la force de son ennemi. Le départ d’Alfred, et la première bagarre de Batman contre Bane, sont deux superbes scènes durant lesquelles la musique grandiose de Hans Zimmer fait habilement place au silence, pour appuyer respectivement le poids des mots et celui des coups reçus par Bruce. Il faudra d’ailleurs autant les meurtrissures psychologiques que les blessures physiques pour que Bruce se retrouve (littéralement !) au fond du trou… pour mieux se relever. C’est là le cœur du film, et le coup de maître du réalisateur.

Le contrecoup de cette audace est malheureusement bien présent : malgré les 2h44 de film, et une intrigue qui ne se disperse pourtant pas trop, Nolan multiplie les approximations, franchissant à plusieurs reprises le pas qui sépare l’ellipse du gouffre scénaristique. Sans aller jusqu’à demander du réalisme à une adaptation d’un comics, on est en droit d’attendre bien plus de cohérence. Ici, il n’est pas rare d’avoir des raccourcis invraisemblables (le retour de Bruce à Gotham, par exemple) ou des maladresses (l’exil forcé de Gordon) qui nuisent terriblement au film. De la même façon, les unités de temps sont très mal respectées, et lorsque 5 mois peuvent n’avoir aucun impact sur des policiers enfouis sous terre, les quelques minutes précédant l’explosion d’une bombe laissent libre cours à des dialogues et courses-poursuites en tout genre.

Outre ces failles dans la trame, des choix de mise en scène plombent un peu l’ambiance sur la fin. Le dernier plan de Marion Cotillard est par exemple assez incompréhensible. Et il y a cet autre choix étonnant – étant donné le chemin dans lequel les trois Batman semblaient s’orienter – en toute fin du film ; sans doute une scène en trop, une fausse note dans la partition délibérément grave que Christopher Nolan jouait jusqu’alors. Sans supprimer toute la séquence, ce dernier aurait au moins dû éviter ce contre-champ et laisser au pire une fin ouverte – à l’image de celle, trop décriée, d’Inception.

Malgré tout, le film reste intéressant et divertissant : la psychologie est encore au rendez-vous, et Nolan reste un brillant réalisateur qui propose quelques jolies scènes d’action ; bien que l’on peine à retrouver l’adrénaline créée par le second volet. Et s’il a trop de défauts pour atteindre le niveau d’excellence de The Dark Knight, ce long métrage conclut tout de même une bien belle histoire, durant laquelle Nolan aura su insuffler un réalisme et une noirceur passionnants à un héros pas comme les autres. Il a surtout réussi à montrer ce qui différencie Batman des super-héros : son absence de pouvoirs, et donc l’obligation de s’en remettre à la volonté, au dépassement de soi, jusqu’à atteindre des points de non-retour. Nolan a clairement réussi sa trilogie.

7/10

2h44 — 2012

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