Looper

Dans un futur proche, la Mafia a mis au point un système infaillible pour faire disparaître tous les témoins gênants. Elle expédie ses victimes dans le passé, à notre époque, où des tueurs d’un genre nouveau (les « Loopers ») les éliminent. Un jour, l’un d’entre eux, Joe, découvre que la victime qu’il doit exécuter n’est autre que… lui-même, avec 30 ans de plus. La machine si bien huilée déraille…

Looper est un film de science-fiction qui lorgne du côté de La Jetée et de l’excellent L’Armée des 12 singes que l’œuvre de Marker a inspiré. En créant une histoire autour des voyages dans le temps, Rian Johnson choisit un sujet fort intéressant mais assez compliqué, sur lequel beaucoup se sont cassé les dents, comme dernièrement Next ou Time out. Il est toujours délicat de rester cohérent et d’éviter un paradoxe qui fait s’écrouler toute l’histoire, et cette difficulté se fait encore ressentir ici. Le réalisateur tombe en plus dans la facilité dans une scène où le « vieux » Joe explique à son « jeune » double qu’il ne peut rentrer dans les détails sur des questions que le spectateur se pose forcément.

Un bon point cependant, Johnson ne tarde pas à expliquer clairement le principe des loopers, et tout est très clair après un exemple agrémenté d’une voix-off : pas de première partie pleine de longueurs à la Inception, donc. Le film de Nolan semble pourtant être une autre inspiration, avec son scénario complexe qui fait se poser des questions même après le visionnage. La différence majeure : l’ambiance ici créée pour représenter le futur est assez étonnante, plus proche du western que de ce qu’on a l’habitude de voir en SF. Les armes sont pour certaines des fusils au design vieillot et à la précision douteuse ; et l’arrivée d’Emily Blunt en fermière ne donne pas l’impression d’avoir gagné 30 ans de progrès… Le résultat est un peu cheap, et on est bien loin de l’atmosphère prenante imaginée par Gilliam par exemple, mais pourquoi pas.

« _ I’m going to France.
_ You should go to China.
_ I’m going to France.
_ Listen, I’m from the future. You should go to China. »

Le film fait la part belle à l’action, avec tout de même quelques temps morts pour faire place à des séquences émotion. La protection d’un enfant par le jeune Joe, et sa relation avec la paysanne Sara peuvent même faire penser à Witness. Mais le mélange des genres ne prend pas et les thèmes sérieux abordés le sont de façon trop superficielle pour être véritablement poignants. On peut même sérieusement douter de la morale lorsque le vieux Joe oublie bien vite ses remords après avoir abattu froidement un gamin.

Le face-à-face intéressant du film est évidemment celui des deux Joe, joués par Bruce Willis & Joseph Gordon-Levitt, ce dernier étant légèrement grimé pour l’occasion, afin de ressembler à son aîné. Il est intéressant d’avoir ces deux héros, tantôt séparés dans une quête différente, tantôt réunis pour un affrontement ; car le même personnage est ainsi, selon le point de vue mais dans le même film, bon et méchant à la fois. Il faut reconnaître que la situation est assez insolite. Dommage que ce soit finalement la seule vraie nouveauté du film, qui reprend beaucoup de thèmes connus par ailleurs. S’il mutiplie les références, Looper n’atteint ainsi jamais les qualités de ses modèles. Pas de quoi inquiéter Duncan Jones (Source Code, avec un sujet similaire) donc, pour le titre de réalisateur le plus prometteur en terme de science-fiction.

6/10

1h50 — 2012

L'avis des lecteurs :

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